Presses De Sciences Po

  • Rayon de vie, rayon de mort : l'opinion publique a toujours entretenu avec l'atome des relations complexes faites de fascination et de répulsion.
    Peut-on toutefois, sans abus de langage, parler de " grande peur " du nucléaire ? Pour pouvoir répondre à cette question, il faut différencier la peur de l'arme de celle de l'énergie nucléaire. Il faut aussi distinguer les " peurs citoyennes " et les " peurs d'experts ". Ces distinctions ne se recoupent pas nécessairement. L'analyse des traumatismes fondateurs, Hiroshima, " soleil de mort ", et Tchernobyl, " nuage de l'Apocalypse ", permet de mieux apprécier la profondeur de ces peurs nucléaires.
    Le secret qui a légitimement présidé à la naissance du nucléaire pendant la guerre perdure : aujourd'hui, c'est l'opacité qui entretient la peur. Seul un débat démocratique sur l'avenir du nucléaire tant civil que militaire, indispensable au moment où des pays comme l'Allemagne décident de " sortir du nucléaire ", permettrait, en jugulant des peurs parfois peu fondées, d'obtenir le soutien de l'opinion pour des choix d'une portée décisive.
    Pareilles décisions ne peuvent être laissées aux seuls experts. La politique est ici une exigence et un devoir.

  • Nous sommes entrés dans le monde du risque.
    Ce risque qui n'est ni le danger - palpable dam son immédiateté - ni la menace - perceptible par sa présence. Convergence et manifestation du risque technologique moderne, le risque nucléaire provoque un questionnement permanent, qui accompagne l'ensemble de la chaîne scientifique et technique de cette matière pas comme les autres. Ni le politique ni le citoyen ne peuvent se permettre d'éluder la question.
    C'est à cette interrogation que ce livre entend apporter des réponses : le risque nucléaire, dans ses différentes composantes - militaire, civile et terroriste -, désormais planétarisé, s'est-il aggravé ? Les politiques de prévention ou de précaution mises en oeuvre sont-elles adéquates, dans leur contenu comme dans leur formulation ? Le risque du terrorisme nucléaire sera le test. À la frontière du risque nucléaire militaire et du risque nucléaire civil, il pourrait contribuer à accroître le risque nucléaire global.
    Faute d'une politique de prévention, il pourrait entraîner dans un refus brutal le nucléaire civil et le nucléaire militaire. Ils seraient alors, tous deux, perçus comme des risques mortels.

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