• Le goût du vrai

    Etienne Klein

    "L'air du temps, en accusant la science de n'être qu'un récit parmi d'autres, l'invite à davantage de modestie. On la prie de bien vouloir gentiment "rentrer dans le rang" en acceptant de se mettre sous la coupe de l'opinion". Etienne Klein - La philosophie des Lumières défendait l'idée que la souveraineté d'un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité, sur laquelle elle ne saurait avoir de prise : les "vérités scientifiques", en particulier, ne relèvent pas d'un vote.
    La crise sanitaire a toutefois montré avec éclat que nous n'avons guère retenu la leçon, révélant l'ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu'il lui revient d'établir. Lorsque, d'un côté, l'inculture prend le pouvoir, que, de l'autre, l'argument d'autorité écrase tout sur son passage, lorsque la crédibilité de la recherche ploie sous la force de l'événement et de l'opinion, comment garder le goût du vrai - celui de découvrir, d'apprendre, de comprendre ? Quand prendrons-nous enfin sereinement acte de nos connaissances, ne serait-ce que pour mieux vivre dans cette nature dont rien d'absolu ne nous sépare ?

    Ajouter au panier
    En stock
  • éloge de la fuite

    Henri Laborit

    « Se révolter, c'est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l'intérieur du groupe, et la révolte, seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté... Il ne reste plus que la fuite. » Henri Laborit pose, à la lumière des découvertes biologiques, la question de notre libre arbitre, de notre personnalité même. La politique, la société, tout prend dès lors une autre dimension.

    Ajouter au panier
    En stock
  • La Construction de soi rassemble une série de lettres qui dessinent un usage de la philosophie envisagée comme un mode de vie, une thérapeutique de l'âme.
    Ici, les philosophes sont interpellés et mis à l'épreuve. Tour à tour, le lecteur côtoie Boèce, Epicure, Schopenhauer, Spinoza ou Etty Hillesum. Ces guides présentent des voies pour se dégager du passé, des regrets ou de la haine de soi. Ils invitent à se libérer du regard d'autrui et ouvrent au risque de l'acceptation. Alexandre Jollien propose un dialogue intérieur qui prend la forme d'une correspondance adressée à Dame Philosophie, cette figure allégorique dont Boèce imagina recevoir la visite alors qu'il attendait dans sa prison d'être exécuté.
    Dans cet itinéraire, l'auteur esquisse le portrait de Dame Frayeur et de la Mort, avec lesquelles il faut bâtir une vie. Ces lettres entendent dépeindre un état d'esprit qui tente de répondre à l'invite de Spinoza : " Bien faire et se tenir en joie ".

  • Etre rationnel, ce n'est pas se couper de ses émotions.
    Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n'est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le coeur a ses raisons que la raison... est loin d'ignorer. Contre le dualisme du corps et de l'âme, mais aussi contre ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l'esprit humain à de froids calculs dignes d'une machine, voilà ce que révèlent les acquis récents de la neurologie.
    Un ouvrage déjà classique, par l'un des plus grands spécialistes et théoriciens mondiaux du cerveau.

  • L'épistémologie est l'étude de la science, ou plutôt des sciences. L'usage de ce mot et la conception qu'il exprime sont relativement récents, puisqu'on ne les rencontre, dans la littérature scientifique et philosophique de langue française, qu'au début du XXe siècle. L'épistémologie implique que la connaissance scientifique, de même que la connaissance commune sur laquelle elle s'appuie, se situent toutes deux dans l'Histoire.
    Entre cette base et son environnement social, culturel et éthique, se situe l'éventail entier de la connaissance scientifique. Hervé Barreau analyse l'ensemble des problèmes qu'elle soulève, de la logique aux sciences de l'homme et de la société, en passant par les sciences physiques et les sciences du vivant.

  • L'humanité est-elle prête à vivre avec d'autres intelligences ? Dans ce livre, Pascal Picq analyse la coévolution de l'espèce humaine et de ses proches - les australopithèques d'hier comme les chimpanzés d'aujourd'hui - avec les innovations techniques et culturelles actuelles. Retraçant les fondements des intelligences animales, humaines et artificielles dans une approche évolutionniste, il nous explique comment elles ont émergé, en quoi elles diffèrent fondamentalement et pourquoi certaines d'entre elles sont plus performantes que d'autres.
    Une nouvelle phase de l'évolution se dessine en ce moment, dont il est urgent de prendre la mesure : il nous faut apprendre, et vite, à vivre en bonne intelligence avec toutes ces intelligences. En attendant les promesses du transhumanisme, une décennie de tous les possibles s'ouvre à nous. Les technologies ne suffiront pas si l'humanité ne s'inscrit pas dans une véritable vision évolutionniste qui associe les intelligences humaines, animales et artificielles.

  • "Ne croyez surtout pas qu'il s'agisse de science-fiction : 18 avril 2015, une équipe de généticiens chinois entreprenait d'"améliorer" le génome de quatre-vingt-trois embryons humains. Jusqu'où ira-t-on dans cette voie ? Sera-t-il possible un jour (bientôt ? déjà ?) d'"augmenter" à volonté tel ou tel trait de caractère de ses enfants, d'éradiquer dans l'embryon les maladies génétiques, voire d'enrayer la vieillesse et la mort en façonnant une nouvelle espèce d'humains "augmentés" ? Nous n'en sommes pas (tout à fait) là, mais de nombreux centres de recherche "transhumanistes" y travaillent partout dans le monde, avec des financements colossaux en provenance de géants du Web tel Google.
    Les progrès des technosciences sont d'une rapidité inimaginable, ils échappent encore à toute régulation. En parallèle, cette "infrastructure du monde" qu'est le Web a permis l'apparition d'une économie dite "collaborative", celle que symbolisent des applications comme Uber, Airbnb ou BlaBlaCar. Selon l'idéologue Jeremy Rifkin, elles annoncent la fin du capitalisme au profit d'un monde de gratuité et de souci de l'autre.
    N'est-ce pas, tout à l'inverse, vers un hyperlibéralisme, vénal et dérégulateur, que nous nous dirigeons ? Certaines perspectives ouvertes par les innovations technoscientifiques sont enthousiasmantes, d'autres effrayantes. Ce livre cherche d'abord à les faire comprendre, et à réhabiliter l'idéal philosophique de la régulation, une notion désormais vitale, tant du côté de la médecine que de l'économie."

  • Comment l'étude des procès de sorcellerie nous éclaire-t-elle sur les croyances populaires du Moyen Age? De quelle histoire se réclame l'histoire de l'art quand elle veut s'inspirer de l'oeuvre d'Aby Warburg ? Comment comprendre le destin d'une formule latine ente le XVIe et le XVIIe siècle ? Mais encore : l'oeuvre érotique de Titien est-elle susceptible d'une lecture iconographique ? Celle de Dumézil d'une lecture politique ? Et celle de Freud d'une lecture anthropologique ? En six chapitres Carlo Ginzburg a révolutionné l'art de l'enquête dont il donne une interprétation décisive dans le septième des essais qui composent ce livre: " Traces ".
    L'historien invente ainsi un nouveau paradigme pour les sciences humaines - le " paradigme indiciaire ". On comprendra mieux, en lisant Ginzburg, ce que cherche l'historien et comment il le trouve. Ce que trouvent les hommes et comment ils le cherchent. "Mythes emblèmes traces", paru une première fois en français en 1989, était depuis longtemps épuisé. Cette nouvelle édition augmentée d'une postface permettra au lecteur de découvrir ou de redécouvrir, dans une version entièrement revue et mise à jour, ce classique de l'historiographie et des sciences humaines.
    Les éditions Verdier publient simultanément un nouveau volet des enquêtes de Carlo Ginzburg: "Le fil et les traces".

  • Qu'est-ce qui fait de nous des hommes ? Le privilège d'être dotés d'une conscience ? Antonio R. Damasio propose une nouvelle théorie permettant d'expliquer en termes biologiques le sentiment même de soi. Non, la conscience de soi ne tombe pas du ciel. Oui, elle peut s'expliquer, presque se montrer, et nous pouvons la connaître. Nous savons enfin ce que nous sommes et pourquoi.

  • Une histoire, au sens ordinaire, c'est une série d'événements qui arrivent à des sujets généralement désignés par des noms propres. Or la révolution de la science historique a voulu révoquer le primat des événements et des noms propres au profit des longues durées et de la vie des anonymes. C'est ainsi qu'elle a revendiqué en même temps son appartenance à l'âge de la science et à l'âge de la démocratie.
    Les historiens veulent connaître les choses en les dépouillant de leurs noms trompeurs. Mais les choses de l'histoire ont cette propriété déroutante de s'évanouir quand on veut les rendre à leur simple réalité.
    Il apparaît alors que l'histoire, pour devenir science sans se perdre elle-même, a besoin de quelques tours de littérature.
    C'est cette poétique du savoir que Jacques Rancière se propose d'étudier dans ce livre : comment un discours se soustrait-il à la littérature pour se donner un statut de science et le signifier ?

  • " Mon âme est un orchestre caché, écrivait le poète Fernando Pessoa.
    Je ne me connais que comme symphonie. " D'où vient donc cette musique si particulière qui se joue en nous et nous accompagne à chaque moment ? D'où vient que nous soyons des êtres conscients, éprouvant toujours, dès que nous ouvrons les yeux et quoi que nous fassions, le sentiment inébranlable d'être toujours les mêmes ? Et quels sont, au tréfonds de nos cellules, les mécanismes qui permettent l'émergence de ce qu'il y a de plus humain en nous, nos sentiments, nos pensées, nos créations ? Antonio Damasio, l'un des spécialistes des neurosciences les plus importants et les plus originaux, lève ici le voile sur la fabrique de la conscience.
    Au sein du cerveau, bien sûr, et qui plus est dans ses parties les plus profondes, si intimement liées au corps et à la régulation de la vie biologique. Non, la conscience et le soi ne sont pas une " chose ", une " substance ", une " entité " en nous, comme on l'a longtemps postulé. Bien au contraire, ils forment un ensemble dynamique de processus nés petit à petit au fil de l'évolution biologique. Pour autant, les " naturaliser " ainsi, est-ce rabaisser l'homme ? Sûrement pas, pour Antonio Damasio, tant on peut s'émerveiller de la mécanique rendant possible la symphonie dont, à chaque instant de notre vie, nous sommes le chef d'orchestre.
    Une approche très originale, qui renouvelle en profondeur la science de la conscience.

  • Une négation qui se voudrait absolue, mais niant tout existant -jusqu'à l'existant qu'est la pensée effectuant cette négation même-ne saurait mettre fin à la « scène » toujours ouverte de l'être, de l'être au sens verbal : être anonyme qu'aucun étant ne revendique, être sans étants ou sans êtres, incessant « remue-ménage », pour reprendre une métaphore de Blanchot, il y a impersonnel, comme un « il pleut » ou un « il fait nuit ». Terme foncièrement distinct du « es gibt » heideggerien. Il n'a jamais été ni la traduction, ni la démarque de l'expression allemande et de ses connotations d'abondance et de générosité. Il faut insister sur le caractère désertique, obsédant et horrible de l'il y a et sur son inhumaine neutralité.
    Neutralité à surmonter. Sortie recherchée dans ce livre. Analyses esquissées dans ce sens de la relation à autrui.

  • « La thèse de ce livre est que la société ne peut être comprise que par une étude des messages et des dispositifs de communication qu'elle contient. » Dans cet ouvrage classique et visionnaire, il s'agit, à travers une comparaison entre sociétés humaines et réseaux artificiels, de souligner la valeur de l'être humain et la richesse de son langage, toujours précaires face aux intérêts et pouvoirs technocratiques qui cherchent à les instrumentaliser, les contrôler, et finalement les dénaturer.

    Au-delà des enjeux stratégiques de la communication dans la vie sociale, Wiener propose de réinventer un humanisme bousculé par la capacité des machines à remplir des fonctions qui étaient jusqu'alors considérées comme réservées aux humains.

  • Comprendre quelle est notre place dans le vivant, comment nous en procédons et comment nous en émergeons : tel est l'enjeu de ce livre qui retrace la généalogie du monde humain où, contrairement à une certaine idéologie libérale, la notion même d'individu n'a pas de sens, car chacun est d'emblée saisi par un réseau de relations.

  • Michel Foucault (1926-1984) aura été en France le plus novateur des maîtres à penser - maître sans programme qui a su offrir à ses lecteurs une « boîte à outils » qu'il expose par fragments dans ses entretiens, cours, articles et livres...
    Philosophe « par défaut », Foucault était loin d'ignorer les méthodes, les auteurs et surtout les controverses qui agitaient les sciences humaines, qu'il ne se priva d'ailleurs pas de critiquer ouvertement. En retour, plusieurs notions qu'il élabora tout au long de son parcours (« savoirs », « gouvernementalité », « subjectivation ») continuent de faire débat autant chez les historiens, les sociologues ou les anthropologues, que chez certains praticiens comme les criminologues, les psychanalystes ou les spécialistes du droit, sans oublier le vaste domaine des cultural studies.
    Foucault n'est pas de ceux qui se laissent facilement saisir et l'objectif de cet ouvrage est d'éclairer les enjeux de sa pensée pour en faire ressortir l'intérêt actuel et, pourquoi pas, montrer comment penser différemment l'enfermement, les institutions, le rapport à soi ou à la vérité.

  • La place décisive qu'occupent aujourd'hui les connaissances scientifiques dans la vie sociale rend indispensable une réflexion philosophique sur la manière dont ces connaissances sont construites et sur les critères en vertu desquels elles peuvent prétendre constituer une représentation objective du réel. Qu'est-ce que la science ? En quoi les hypothèses et théories dont elle est composée se distinguent-elles de discours idéologiques ou de simples interprétations subjectives ? Que peuvent-elles nous apprendre à propos des phénomènes naturels ou des comportements humains ? Quelles sont les méthodes employées par les différentes disciplines scientifiques et comment celles-ci évoluent-elles ? De telles questions relèvent de l'épistémologie, c'est-à-dire d'une recherche philosophique portant sur les normes que doivent respecter les jugements scientifiques, ces normes étant considérées dans leurs rapports à différentes explications du fonctionnement de la connaissance humaine. Cet ouvrage d'introduction à l'épistémologie a pour objectif de fournir au lecteur un aperçu de ce domaine de réflexion qui s'est considérablement développé depuis le début du XXe siècle tout en rappelant l'enjeu que représente l'association de l'apprentissage des sciences à une véritable formation de l'esprit critique.

  • Pierre Fermat, l'un des plus grands mathématiciens français du XVIIe siècle, a légué à la postérité une équation, mais sans livrer son développement. Cet ouvrage retrace la quête extraordinaire pour démontrer ce problème mathématique qui mit en scène les esprits les plus brillants pendant plus de deux siècles.

  • Pourquoi la grèce antique, puis l'europe moderne ont-elles été les matrices de deux " miracles " scientifiques et culturels sans équivalent dans le monde ? à quelles circonstances, à quelles qualités spécifiques l'occident doit-il d'être l'" inventeur " de la modernitéoe fruit de plusieurs années de recherche, le secret de l'occident met en lumière les raisons politiques et économiques du progrès, en fournissant une explication globale et cohérente de ce qu'il est convenu d'appeler le développement.
    Dans un souci d'universalité, l'auteur applique sa grille d'analyse à l'islam, à l'inde et à la chine, parvenant à interpréter les périodes d'avancée et de recul de ces diverses civilisations. il montre enfin qu'au-delà des apparences, les ressorts de l'innovation restent inchangés à l'ère d'internet et de la " mondialisation libérale ". ouvrage d'érudition et de référence, le secret de l'occident est également un précieux outil de travail.
    Il nous aide à repenser radicalement la relation qui lie l'occident au reste du monde.

  • Qu'est-ce qui est scientifique et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Pourquoi toute théorie scientifique doit-elle être réfutable ? Comment le savoir scientifique progresse-t-il ? Selon Jacques Monod, «La Logique de la découverte scientifique, »le plus célèbre ouvrage du philosophe des sciences Karl Popper, est l'une de ces rarissimes oeuvres philosophiques qui contribue autant à la formation de l'homme de science, qu'à l'approfondissement, sinon même à l'efficacité de sa réflexion.

    Traduit de l'anglais par Nicole Thyssen-Rutten et Philippe Devaux.

  • « La philosophie des sciences ne fixe pas de règles à la science, elle ne tente pas de déterminer ce que devraient être les méthodes des sciences ; elle étudie ce qu'en fait elles sont. Elle les décrit, dégage les procédés essentiels que la pensée met en oeuvre dans leur constitution. Elle détermine leurs points de départ, leurs résultats. La phi- losophie apparaît ici comme la science des sciences.
    Mais, par là même, la philosophie des sciences apporte la plus utile des contributions à l'étude critique de la connaissance : elle nous renseigne sur la valeur de la science, sur son rapport avec le réel. » Ferdinand Alquié.

  • De nombreuses disciplines s'intéressent à certains des aspects de la parole, mais seule la philosophie peut donner une compréhension d'ensemble de cette fonction constitutive de l'humaine condition. Cette étude est une réflexion éthique sur le sens de la parole, de la part d'un philosophe qui a foi dans la possibilité d'une meilleure entente entre les hommes et pour lequel " l'homme de parole contribue à mettre de l'ordre dans la réalité humaine ".

  • Superpositions

    ,

    • Minuit
    • 1 Février 1979

    Carmelo Bene a eu un rôle primordial dans le renouvellement du théâtre italien depuis 1958. Ses pièces ont changé les données du théâtre actuel, dans le jeu de l'acteur comme dans la mise en scène : variation continue de la voix (direct, micro et play-back), nouvel emploi des couleurs et de la lumière, invention d'une unité geste-texte, rôle des indications scéniques intérieures à la pièce, et qui la multiplient. Son oeuvre de cinéma n'est pas moins importante.
    La critique littéraire s'est toujours efforcée de voir dans les tragédies historiques de Shakespeare, la lutte pour la couronne d'Angleterre. Qu'il s'agisse de Richard II, d'Henry IV, d'Henry V, d'Henry VI, ou de Richard III, on a toujours insisté sur le fait que toutes ces oeuvres commencent par la lutte pour conquérir le pouvoir ou renforcer un trône et toutes s'achèvent avec la mort du roi. De plus, ces essais critiques ont toujours fait allusion à l'énorme liste des personnages, et notamment dans Richard III, pour exprimer la matière historique qui a servi à Shakespeare.
    C'est pourquoi on est un peu surpris, à la lecture du Richard III de Carmelo Bene, de voir que tout le système royal a disparu, que les seuls personnages conservés sont Richard III et les femmes. De plus, la pièce ne s'achève pas dans la mort mais au contraire dans la constitution d'un personnage, celui de Richard III.
    Cette amputation de l'oeuvre de Shakespeare est ce qui fait l'originalité de la pièce de Carmelo Bene.
    En effet, écrit Gilles Deleuze, " il ne s'agit pas de critiquer Shakespeare, ni d'un théâtre dans le théâtre, ni d'une nouvelle version de la pièce » mais d'un « théâtre-expérimentation qui comporte plus d'amour pour Shakespeare que tous les commentaires ». « En opérant la soustraction des personnages du Pouvoir ou d"État » poursuit Deleuze, Carmelo Bene « va donc donner libre cours à la constitution de l'homme de guerre sur scène, avec ses prothèses, ses difformités, ses excroissances, ses malfaçons, ses variations (...). Il se constituera un peu comme Mr Hyde, avec des couleurs, des bruits, des choses. » La pièce de Carmelo Bene est le point de départ d'une analyse politique du théâtre. Un manifeste de moins étudie en effet le théâtre selon les notions de mineur et de majeur qui avaient été définies dans Kafka, c'est-à-dire selon la notion de pouvoir. Le théâtre de Carmelo Bene aurait selon Gilles Deleuze les caractéristiques du théâtre mineur : soumis à beaucoup de pouvoir, il n'est justement pas une forme de pouvoir : « Ce serait l'autorité d'une variation perpétuelle par opposition au pouvoir ou au despotisme de l'invariant. » Tout comme l'oeuvre de Kafka a fait l'objet d'une lutte pour une littérature mineure, Richard III de Carmelo Bene est l'origine d'une réflexion pour un théâtre mineur.

empty